Quels sont les 3 modèles explicatifs de l’action collective ?

On distingue 3 modèles explicatifs de l’action collective :

  1. Le modèle du passager clandestin de Mancur Olson, selon lequel les citoyens se demandent “est-ce que le jeu en vaut la chandelle ?” avant de se lancer dans l’action collective (qui comporte des risques, demande du temps…).
    Idée : tout individu à intérêt à jouer le free rider (”passager clandestin”).

    Néanmoins, ceux qui s’engagent dans l’action collective en tirent un bénéfice supplémentaire : on parle d’incitation sélective.
    Par exemple, une adhésion à un syndicat pourrait permettre d’obtenir une garantie de l’emploi (incitation sélective positive), et le refus de se syndiquer pourrait entraîner des brimades (incitation sélective négative).

  1. Le modèle de la frustration de Ted Gurr, selon lequel une frustration se crée lorsque les biens accessibles à une population sont inférieurs aux biens attendus.
    Pour Ted Gurr, c’est cette frustration relative qui est source d’actions collectives.
  1. Le modèle de la mobilisation des ressources de Doug McAdam, selon lequel les individus qui ont le plus de chances de se mobiliser dans l’action collective sont ceux qui peuvent mobiliser des ressources humaines, sociales, affectives et identitaires utiles.

Pour en savoir plus sur ces 3 modèles et sur l’action collective en général, cliquer ici.

Chapitre 3 : L’action collective

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Il y a de nombreuses autres manières de participer à la politique que par le vote.
L’action collective repose sur les comportements politiques non conventionnels.

On peut penser à la mobilisation des gilets jaunes, qui constituait une situation presque improbable sociologiquement.

Pour qu’il y ait une action collective, il faut une histoire ayant précédé cette action politique.
Les gens pensent politiquement comme ils ont été socialement ; c’est le témoin du passé qui permet aux individus qui découvrent les événements de se remettre rapidement à jour dans l’histoire.
→ image de l’orchestration sans chef d’orchestre

Exemple des frères musulmans en Algérie dans les années 1970, qui étaient interdits en raison du parti unique, qui se sont organisés en petites unités pour devenir une masse.

Une action politique n’est jamais une action nouvelle.
En matière d’action collective, il n’y a pas d’immaculée conception.

Par rapport aux gilets jaunes :
Les classes sociales qui se sont mobilisées durant les gilets jaunes sont celles qui habituellement ne s’engagent pas.

Il faut un adversaire.
Exemple : pour Occupy Wall Street, l’adversaire = les banquiers.

Une action collective désigne une coordination des activités des membres d’un groupe souhaitant défendre ses intérêts.
Une mobilisation collective a pour but de changer une situation sociale en un sens favorable au groupe, selon ses valeurs et ses motivations.

Exemple : un grève, un meeting, une manifestation, un boycott… sont des mobilisations collectives.
Les formes de mobilisation sont donc multiples ; elles sont souvent éphémères et relativement spontanées.

Les mobilisations collectives témoignent d’une conscience collective de ceux qui y participent, et d’une constitution des identités sociales.

Comment naît une mobilisation collective ?
D’après Alain Touraine :

  1. Les acteurs doivent développer une identité commune, en partageant les mêmes buts et des intérêts communs.
  1. Le groupe formé doit s’opposer fermement aux groupes concurrents (il faut donc une forte solidarité interne).
  1. Les protagonistes doivent avoir conscience des enjeux de leurs actions et de leur finalité.

Quels sont les moyens d’une mobilisation collective ?
Les mobilisations collectives nécessitent de l’organisation et sont donc souvent initiées par des groupes de pression, des syndicats ou des partis politiques.

Avec la montée de l’individualisme, on constate que les mobilisations collectives sont aujourd’hui plus difficiles à développer et rassemblent moins de gens qu’avant.

Ce n’est pas parce qu’il existe un groupe d’individus aux intérêts communs qu’une mobilisation collective apparaît.
Plus le groupe est grand, plus la probabilité d’action commune est faible, en raison d’une analyse coût/avantage de la participation individuelle à l’action collective (la non participation devient plus rentable quand la taille du groupe augmente).
→ La stratégie la plus efficace du point de vue individuel est celle du passager clandestin (free rider) ; mais lorsque tout le monde raisonne de la sorte, il n’y a plus d’action collective possible.

⚠️ Il ne faut pas confondre mobilisations collectives (principe général) avec mouvements sociaux et luttes des classes (formes particulières d’actions sociales).

Les groupes les plus organisés ont recours à des avocats et/ou des juristes.
→ le droit devient une arme de protestation, qui permet d’établir un ordre social

Les gens sont dans des groupes parce que :
> ils ont des raisons de se mobiliser
> ils ont des croyances

Il y a 2 éléments importants :

  1. L’identification de l’adversaire, qui renforce la cohésion du groupe.
  1. L’action politique interpelle au moins 2 entités abstraites :
    1. L’État : il y a un lien fort entre la montée de l’action collective et la construction de l’État.
      Au 19e siècle, la construction de l’État et la modernisation ont permis aux villes de devenir des arènes de manifestations et de politisation.
      Par l’action collective, on cherche à interpeller l’État.
    1. Le droit et les juridictions : on a de plus en plus de mobilisations et de concentrations politiques qui s’appuient sur le droit, parce que le droit est une arme de contestation efficace.
      La désobéissance peut pousser le droit à intervenir, mais aussi à légitimer.

Comment on proteste ? Comment contester un cercle politique ?
On ne suffit pas de s’organiser – il faut aussi réfléchir à comment se faire entendre.
Une action collective émerge rarement de façon spontanée ; elle repose d’abord sur des organisations plus ou moins institutionnalisées : les partis politiques, les syndicats, les associations, …

  • Les partis politiques sont des organisations partisanes durables, denses et ramifiées, qui cherchent le soutien populaire dans l’objectif d’exercer le pouvoir.
  • Les syndicats sont une forme de société civile organisée qui ont pour fonction la défense des salariés.
    Ils ont une fonction revendicative et de contestation sociale, mais ils agissent aussi en tant que relais institutionnel permettant de coopérer avec le pouvoir politique.
  • Les groupements sont des formes plus informelles et moins structurées, contrairement aux associations. Ce sont souvent des acteurs éphémères.
    Certaines actions collectives récentes ont été menées par des groupements :
    > les actions politiques d’associations pour faire reconnaître le bien-être animal (ex : L214 rend publiques des vidéos tournées dans des abattoirs)
    > les groupements d’action qui organisent des marches pour le climat
    > les organisations qui portent la question de l’accueil des migrants en France
    > etc.

→ Les syndicats et partis ne sont plus les seuls à agir dans le champ du politique.

Les gilets jaunes ont insisté sur le fait qu’ils ne se sentaient pas représentés politiquement → désignation de la politique comme ennemi.

II – Les modèles explicatifs de l’action collective

A – Les incitations matérielles et symboliques à s’engager (modèle n°1)

Mancur Olson a établi la notion de passager clandestin, suivant un raisonnement utilitariste.
Idée : les citoyens font un calcul (”est-ce que le jeu en vaut la chandelle ?”) avant de se lancer dans l’action collective (ce qui comporte des risques, demande du temps, …).
Si les coûts sont supérieurs aux avantages, la décision sera prise de ne pas y aller.

Paradoxe d’Olson : “Les grands groupes peuvent rester inorganisés et ne jamais passer à l’action même si un consensus sur les objectifs et les moyens existe.”
Idée : tout individu a intérêt à jouer le
free rider (”passager clandestin”).

Néanmoins, ceux qui s’engagent dans l’action vont en tirer un bénéfice supplémentaire. C’est la notion d’incitation sélective.
Exemple :
Une adhésion à un syndicat permettrait, aux États-Unis, d’obtenir des avantages (garantie de l’emploi…) → incitation sélective positive.
Le refus de se syndiquer pourrait entraîner des mesures de rétorsion (ostracisme, brimade, exclusion) → incitation sélective négative.

Virtuosité ascétique : engagement qui se veut le plus étranger possible à toute rétribution ; se retrouve dans certains engagements politico-religieux.

B – Le modèle de la frustration (modèle n°2)

Le sociologue Ted Gurr fonde en 1970 le modèle de la frustration.
Chez Gurr, la frustration n’est pas péjorative ; il part du principe que les individus ont leurs raisons.

Pour Gurr, la frustration se crée lorsque des individus qui ont connu une amélioration de leur situation projettent que cette évolution perdure, mais qu’ils se retrouvent au final dans la même situation ou dans une situation pire.
(lorsque les biens accessibles < biens attendus)

Exemple :
Une population X connaît une amélioration de son niveau de vie (hausse du pouvoir d’achat, Trente Glorieuses…) et a donc une vision pleine d’espoir de l’avenir.
Mais une crise surgit (crise de 2008, choc pétrolier…) qui va démentir cette espérance des individus.
C’est ici que, pour Gurr, la frustration se crée, entre les espérances des individus est la réalité.

C’est cette frustration relative qui est source d’actions collectives.

C – Le modèle de la mobilisation des ressources (modèle n°3)

Le chercheur Doug McAdam, dans son ouvrage Freedom Summer, propose le modèle de la mobilisation des ressources, qui explique pourquoi on peut se mobiliser pour une cause qui ne nous concerne pas directement.

Le Mississippi Summer Project est l’un des événements marquants du mouvement américain des droits civiques. Durant l’été 1964, environ un millier de volontaires Blancs du Nord, pour l’immense majorité issus de la bourgeoisie américaine, étudiants dans les plus prestigieuses universités du pays, partent dans le Mississippi participer à une campagne d’inscriptions des électeurs Noirs sur les listes électorales.

Doug McAdam constate que ceux qui se sont rendus au Mississippi tendent à partager les mêmes caractéristiques :

  1. Disponibilité biographique
  1. Affinité de convictions
  1. Intégration sociale

    Les volontaires sont des militants jeunes, mais suffisamment âgés pour échapper à la tutelle familiale. Ils sont en majorité étudiants ou jeunes travailleurs (le plus souvent étudiants), célibataires et sans enfants.

  1. Ressources matérielles confortables

    Ils se soustraient aux contraintes familiales, conjugales, professionnelles, financières, etc. qui s’imposent aux autres catégories, pour “faire du militantisme une activité trop chronophage ou trop risquée”.

Sur le plan idéologique, par-delà une réelle diversité des inspirations, présents et absents partagent des valeurs en affinité avec celles défendues par le mouvement. Les participants manifestent cependant une propension plus importante à s’identifier à un groupe de référence (socialistes/marxistes, démocrates libéraux, groupe religieux, etc.).

Le “sentiment de confiance et d’obligation que procure le fait d’appartenir ou de s’identifier à une communauté” constitue un facteur favorable à l’engagement.
Les volontaires sont d’ailleurs presque systématiquement membres d’au moins une organisation politique, syndicale ou religieuse et ont pour la plupart déjà participé, de près ou de loin, au mouvement des droits civiques.

En outre, des liens interpersonnels préexistent souvent entre les militants – une dynamique de groupe étant parfois même à l’origine de l’engagement.
En définitive, ceux qui se rendront dans le Mississippi se distinguent des absents par leurs liens et leur implication plus importants avec et dans le mouvement, ces derniers étant à l’inverse davantage isolés.

McAdam montre ainsi que le “militantisme ne repose pas uniquement sur l’idéalisme” mais qu’il est nécessaire que des “organisations officielles ou des réseaux sociaux informels structurent et prolongent l’action collective”.
Somme toute peu différenciés avant l’été 1964, les présents et les absents connaissent en revanche des destins fortement contrastés par la suite : les trajectoires biographiques des volontaires furent de fait profondément et durablement déviées par leur participation au Freedom Summer.

McAdam parle d’un “été extatique”. Pour cette jeunesse bien née, ayant foi en les vertus de l’Amérique, la découverte empirique des conditions de vie des populations noires du Sud, de la violence, des discriminations et de l’illégalisme généralisé constitue une expérience particulièrement marquante et transformatrice.
”Généralement éduqués dans une atmosphère optimiste et idéaliste, les volontaires n’étaient guère préparés au revers du rêve américain”

La découverte de la réalité accouche de sentiments mêlés : culpabilité, colère, tristesse, révolte ; sentiments contrebalancés par l’accueil tolérant qui leur est fait, la « spontanéité et la puissante assise communautaire de la population noire ».

Ce cas d’étude permet de comprendre quelles sont les conditions grâce auxquelles une action collective peut surgir. Ici, ces étudiants jouissaient d’une image et d’une confiance qui ont joué sur leur motivation et leur envie d’agir.
Ils appartenaient au même monde, mais ils faisaient partie des réseaux sociaux proches.

Ce modèle d’analyse focalisé sur la “mobilisation des ressources” insiste sur l’importance des ressources humaines, sociales, affectives et identitaires que peuvent mobiliser certains individus, tandis que d’autres qui sont largement dépourvus de ces ressources ont peu de chances de se mobiliser.

Chapitre 2 : Le vote

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La science politique est fondée sur l’étude du vote : il s’agit peut-être du chapitre le plus important.

On dit souvent que “le vote est à fois une évidence et une énigme”.

Une évidence d’abord parce qu’il apparaît comme naturel de passer par le vote pour nous départager et aller tous ensemble quelque part.

Le vote est devenu un symbole de la démocratie. C’est une institution qui n’est pas réservée à la vie politique, mais aussi à d’autres formes de vie sociale.
À l’école, les simulacres d’élection étaient nombreux (ex : délégués).

Si le vote a quasiment toujours existé depuis la Grèce antique (la boulè), les formes et les règles varient : il n’a pas toujours été universel.
Exemple : en 1848, on instaure le suffrage universel, mais les femmes ne votaient pas ! Les hommes représentaient leur famille.

Aujourd’hui, beaucoup de français ne savent pas voter :
> ne savent pas comment faire ; ou
> ne savent pas pour qui voter.

Le vote est aussi une énigme.
L’institution électorale en France s’est conçue autour du secret. (ex : les électeurs FN/RN ont pendant longtemps refusé de le dire)
Idée : le vote est un acte intime ; la souveraineté de l’individu est à l’abri de toutes les influences.

On dispose aujourd’hui néanmoins d’outils scientifiques qui nous permettent d’évaluer et d’étudier le vote.

Le vote est aussi attaché à des questions sociologiques. On n’a pas le même rapport au vote que nos grands-parents en raison de transformations du monde social.

I – Les modèles explicatifs du vote

Un modèle correspond aux conditions générales dans lesquelles les électrices et les électeurs sont amenés à voter.
On l’entend en fonction du lieu de vote et de son environnement.
Exemple : à Paris, les arrondissements sont très différents.

A – Le modèle écologique

Le premier modèle a été forgé par André Siegfried (1875-1959), qui est juriste de profession avant de s’intéresser progressivement à l’élection.
La science politique est la fille du droit.

Il fait campagne plusieurs fois de suite aux élections législatives, avant de se poser la question : “pourquoi est-ce que j’échoue ?”.

Il constate que le vote ne relève parfois pas de la volonté : la distribution des votes est stable sous la 3e République.
Il y a des frontières électorales invisibles qui séparent les territoires.

Idée : le vote est un fait social. Il ne relève pas seulement de la psychologie des habitants.
Exemple : il y a des terres et des communes monarchistes.

Les éléments qui lui semblent déterminants pour le vote sont :
> le type d’habitat
> la forme de la propriété foncière/immobilière
> le type de structure sociale et groupes sociaux fréquentés
> la religion
Aujourd’hui encore, la propriété comme la religion font partie des facteurs du vote.

Il explique notamment les préférences électorales par la nature des sols :

  1. L’accès plus facile à l’eau sur les sols granitiques tend à concentrer les terres entre les mains de grands propriétaires et donc à disperser les populations, qui ne se fréquentent donc le plus souvent qu’à l’église. De ce fait, les populations des sols granitiques étaient sous l’influence, très puissante pendant la Troisième république, des propriétaires terriens et des prêtres qui favorisaient les partis conservateurs.
  1. Du côté des sols calcaires, les points d’eau étaient moins nombreux, les populations plus pauvres et plus concentrées avaient plus l’occasion de se fréquenter ailleurs qu’à l’église (marché, taverne, etc.). Ainsi, ces populations se tournaient majoritairement vers les partis progressistes de l’époque.

Grâce à André Siegfried, on a pour la 1ère fois un modèle explicatif qui offre une grille d’interprétation du vote.
Limite : il retient 4 grands critères pour élaborer ce modèle écologique du vote, mais on pourrait ajouter d’autres critères.

B – Le modèle de Columbia

C’est Paul Lazarsfeld (1901-1976) qui crée le modèle de Columbia.
Ce modèle s’appuie sur la loi des grands nombres (selon laquelle, si on prélève au hasard un échantillon suffisamment important d’une population donnée, il est très probable qu’il soit à l’image de la population).

Paul Lazarsfeld interroge à plusieurs reprises des échantillons de population, pour mener une enquête à la méthodologie exigeante.

1) Enseignement n°1 : déterminisme social et héritage

Paul Lazarsfeld constate un très fort déterminisme social en matière de politique : “une personne pense politiquement comme elle est sociale”.
Quand on vote, on révèle qui on est socialement.

Les individus voient leurs opinions et leur pensée politique orientées par leurs conditions de travail, leurs conditions de vie, leurs revenus, leur famille, etc.

Le vote est un comportement individuel, mais aussi un comportement de communauté.

Lazarsfeld identifie 3 grands facteurs qui ont déterminé le vote des électeurs américains en 1940 :
> le statut socio-économique : conditions de vie, etc.
> le statut sociologique
> le statut économique

Le lieu de résidence est aussi un critère déterminant ; les villes votent exclusivement démocrates.

La religion est aussi importante : pour Lazarsfeld, les protestants votent républicain et les catholiques votent démocrates.
En France, la religion n’a pas d’influence déterminante.

Lazarsfeld identifie aussi le rôle de la tradition familiale.

Tous ces critères sont en corrélation.
On ne vote pas indépendamment de ses caractéristiques sociales.

2) Enseignement n°2 : le rôle et le poids des campagnes électorales

Le modèle de Columbia montre aussi que les campagnes électorales n’ont qu’un effet limité sur le choix des électeurs, parce que ce sont les rapports familiaux et notre rapport au monde (notre univers de vie) qui forment nos opinions politiques.
”Une campagne ne fait pas l’élection”

Idée : la majorité des électeurs s’est décidé avant l’ouverture des campagnes, et reste fidèle à son choix.
Ce qui fait bouger les lignes sont ceux qui ne se sont pas exprimés.

Les réseaux sociaux ont peu d’impact sur les campagnes, notamment Facebook.

💡
Un “vrai” réseau social nous donne du capital social, parce qu’on y a beaucoup de liens faibles.

Les meetings permettent de susciter la curiosité des médias, mais coûtent cher.
L’affaire du dépassement des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy nous montre que, pour les candidats, une campagne fait l’élection.
Pour Lazarsfeld, la campagne ne fait pas l’élection puisque la plupart des gens ont déjà choisi.

Paul Lazarsfeld explique néanmoins que la campagne n’est pas inutile, puisqu’elle vient chahuter et mettre en éveil des dispositions plus ou moins enfouies.
En effet, ceux qui suivent la campagne sont les plus politisés ; les meetings sont un moyen pour ceux qui ne sont que peu politisés de choisir une position politique.

La campagne est donc utile pour les plus politisés comme pour les moins politisés parce que :
1- ils s’intéressent ;
2- ils emmagasinent et imprègnent des convictions qu’ils avaient déjà.

Les candidats investissent donc dans des sites internet, sur les réseaux sociaux et dans des meetings tout au long de la campagne électorale. Celle-ci peut venir renforcer certaines idées et arguments.

3) Enseignement n°3 : les relations interpersonnelles

Pour Paul Lazarsfeld, les relations interpersonnelles jouent un rôle majeur dans la construction de nos positions politiques.

Idée : il y a, dans le corps électoral, des “leaders d’opinion”, qui sont des personnes sympathiques ayant une influence sur leur entourage.
Exemple : je suis en droit, donc mon entourage va sûrement s’appuyer sur mon expertise.

Ces leaders d’opinion ont un rôle triple :

  1. Rôle de faire voter ou de ne pas faire voter.
  1. Rôle de traducteur : ils peuvent expliquer les idées complexes et ainsi orienter les propos.
  1. Rôle d’aide dans le choix.
    ”Toi qui es sérieux, qui fait du droit, tu en penses quoi ?”

Il s’agit de la two step flow theory, selon laquelle les médias n’ont pas d’influence directe sur les électeurs, mais ils structurent les perceptions des leaders d’opinion qui, eux, possèdent une très forte influence sur les électeurs.
Une campagne électorale efficace s’appuie donc sur des passeurs qui permettent de convaincre.

C – Le modèle de Michigan

Le modèle de Michigan naît dans les années 1950 en réaction au modèle de Columbia.
Il confirme le déterminisme social et l’importance de l’héritage aux États-Unis, mais s’intéresse aussi à l’identification partisane et à la sociologie cognitive.

Selon le modèle de Michigan, il ne faut pas dissocier la vie individuelle de l’individu et son vote.
Idée : l’identification partisante est un acte de foi qui ne se manipule pas par une simple campagne.

Le corps électoral n’est pas homogène.

Il faut noter qu’aujourd’hui, aux États-Unis, l’identification partisane est moins importante que dans les années 1950. Les électeurs ne se sont pas pour autant totalement détachés des codes sociaux.

D – Le modèle économiste

Selon les partisans du modèle économiste, on peut expliquer le vote par le paradigme de l’agent économique.
Chaque électeur cherche à faire prévaloir ses intérêts.
Cette approche est très individualiste.

“L’homo politicus serait relié à l’homo economicus
Les individus parviennent à se placer par un calcul coût/avantage.
On ne voterait pour un candidat “que si le jeu en vaut la chandelle”.

Le problème de ce modèle, c’est que c’est un modèle individualiste qui ne prend pas en compte tous les facteurs.

➡️
Avant, ne pas voter était très mal vu. Le vote intermittent n’était pas la norme.
Dans les années 1960 et 1970, on parlait du vote communiste des ouvriers en France. Aujourd’hui, l’abstention prime chez les ouvriers.
Les élections sont souvent un moment où ne votent que ceux ayant un statut socio-professionnel privilégié (sauf pour l’élection présidentielle).

II – Les sens du vote

Les plus gros facteurs mis au jour par les modèles sont :
> le lieu de résidence
> la religion
> la catégorie socioprofessionnelle
> le travail
> l’âge
> le genre
> la situation matrimoniale

L’âge :
Plus on est jeune, moins on vote.
Plus on est jeune, plus on est critique.

La retraite est aussi un élément important : le vote peut être perçu par les personnes âgées comme un moyen de rester en lien avec la vie et la société.
→ le vote est un acte collectif

Le travail :
Ceux qui enchaînent les CDD et ceux qui sont en intérim s’abstiennent beaucoup.

Le genre :
Les femmes ont obtenu le droit de vote en France en 1944, mais il a fallu attendre les années 1980 pour qu’elles votent autant que les hommes.
En 2007, lors du second tour entre N. Sarkozy et S. Royal, on n’a pas pu démontrer l’existence d’un mécanisme de genre.

Le patrimoine :
Une étude a démontré que, plus on a de patrimoine, plus on vote à droite, et ce indépendamment du revenu :
> haut revenu + peu de patrimoine = votent majoritairement à gauche
> petit revenu + haut patrimoine = votent majoritairement à droite
Toutes choses égales par ailleurs, on a constaté jusqu’à présent en France des effets patrimoine, mais pas des effets revenu : le patrimoine est une variable déterminante, mais pas le revenu.

Selon une étude de 2017, le vote Macron était le vote des personnes heureuses, qui s’en sortaient bien et regardaient l’avenir très favorablement.
Le vote Le Pen était plus modeste et moins diplômé.

III – La démobilisation électorale

A – La démobilisation due aux facteurs sociaux

Depuis l’établissement du suffrage universel (d’abord masculin uniquement), on n’a jamais aussi peu voté : le taux d’abstention ne cesse de croître.
Certains parlent de “crise de la représentation”, voire de “crise de la démocratie”.
→ défiance croissante à l’encontre du politique

L’abstention est persistante et croissante. Il y a de plus en plus d’abstention systématique.
Il y a aussi beaucoup de votes intermittents (ex : une fois tous les 10 ans). Le vote intermittent est plus élevé chez les jeunes.

Lors de l’élection présidentielle de 2017, il y avait :
> 51,5 millions de français en âge de voter
> 46,3 millions d’inscrits sur les listes électorales
> 37 millions de votants (avec les bulletins nuls et blancs)
> 36 millions de voix exprimées

Une étude d’un politologue américain a étudié “l’effet première fois”.
Hypothèse : dans les 1ers temps, on vote à tout → on a toutes nos chances de devenir un électeur permanent ; mais il y a des incidents biographiques qui font qu’on peut s’arrêter de voter.

Il constate aussi que la position sur le marché du travail joue aussi : quand on a un CDI, on a beaucoup plus de chances de voter que quand on est en CDD.
Ceux qui sont en insécurité professionnelle se résignent, car la politique ne va pas leur paraître comme l’urgence (mais plutôt le pouvoir d’achat, le salaire, …).

Le diplôme, l’âge, la catégorie socio-professionnelle et le niveau de vie sont les facteurs sociaux les plus déterminants du vote et du non-vote.

L’abstention contemporaine amplifie les inégalités sociales, car ce sont les milieux les plus populaires qui sont amenés à s’abstenir.
L’ubérisation joue en faveur de l’abstentionnisme : ce sont les classes sociales les plus avancées qui vont voter le plus.

Jusqu’à la fin des années 1970, les milieux les plus populaires étaient ceux qui votaient le plus ; aujourd’hui, ce sont souvent des déserts électoraux.

L’étude “La démocratie de l’abstention”, réalisée dans le quartier des cosmonautes à Saint-Denis, qui est aujourd’hui un quartier de l’abstention alors qu’il était très actif en termes de vote jusque dans les années 1980, a identifié les facteurs suivants :
> le Parti communiste a perdu son emprise
> des couches populaires ont quitté le quartier
> certains ouvriers sont partis pour accéder à la propriété
> la population est jeune, et plus immigrée qu’ailleurs
> les associations laïques qui assuraient un travail de socialisation ont disparu

B – La démobilisation face à la critique

Il existe aussi un abstentionnisme politique, qui relève d’une analyse critique de la politique.
Idée : le vote n’est pas essentiel.

On parle de “crise de la participation”, mais c’est la démocratie représentative qui est en crise.

En France, pour les élections présidentielles, on a :
> 13% d’électeurs “permanents” (qui votent à chaque fois)
> 34% de protestataires (qui agissent dans la rue et votent de manière intermittente)
> 37% de multi-participants (votent à chaque fois + agissent dans la rue)

Les français ayant déposé leur bulletin vont être interrogés par des politologues, qui vont contribuer à la formation d’un “troisième tour” médiatique.
Ils vont chercher à donner une signification à des bulletins de vote. On est donc habitué à ce que ces professionnels de la représentation occultent le débat et la motivation électorale.

On a donc une dimension très subjective de l’élection.

  1. Plus on a d’entourage qui nous rappelle que l’élection approche, plus on a de chances d’aller voter.
    → importance des relations interpersonnelles et des leaders d’opinion
  1. Le problème d’inscription ou de mal inscription est très présent aux États-Unis et se développe en France, à mesure que le rapport à l’institution électorale se distingue.
  1. Il y a une attitude, dans les médias, à transformer les défaites en victoires et les victoires des autres en semi victoire (”victoire à la Pyrrhus”).

Chapitre 1 : La socialisation politique

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I – La socialisation

Murielle Darmon, une spécialiste de la socialisation politique, définissait la socialisation comme étant “l’ensemble des processus par lesquels l’individu est construit (formé, façonné, fabriqué, conditionné) par la société dans laquelle il vit”.
(processus par lequel on acquiert, apprend, intériorise, intègre)

A – La socialisation primaire

La socialisation primaire est la socialisation de la prime enfance, jusqu’à 10/12 ans.
Il s’agit d’une phase intense de règles de la société ; on cherche à comprendre les choses et à dialoguer.

C’est un processus interactif entre la société et l’individu qui se socialise.

B – La socialisation secondaire

C’est pendant la socialisation secondaire que l’individu devient plus actif.
Exemple : l’université, l’entreprise, les liens conjugaux, les scouts, etc.

Norbert Elias définit l’individuation comme le processus de “distinction d’un individu des autres de la même espèce ou du groupe, de la société dont il fait partie”.
La conscience d’être soi-même ne détruit pas le fait qu’il y a des traits communs à des sociétés entières.

Pour Kardiner (un patient de Freud), un mécanisme psychologique présent dans certaines sociétés influence nos relations.

L’habitus est un terme utilisé par Norbert Elias et Bourdieu. Il s’agit du fait de se socialiser dans un peuple traditionnel, définition qu’il résume comme un « système de dispositions réglées ». Il permet à un individu de se mouvoir dans le monde social et de l’interpréter d’une manière qui d’une part lui est propre, et d’autre part est commune aux membres des catégories sociales auxquelles il appartient.

Pour Bourdieu, nos goûts résultent de nos habitus.
Les différences de goût renvoient à des appartenances sociales différentes (exemple : il est rare que les personnes âgées adorent l’opéra et Christophe Maé).
→ La distribution des préférences politiques est liée aux goûts culturels.

II – La socialisation politique

La socialisation politique s’opère en continu au cœur de la socialisation primaire comme secondaire.
Le cadre familial et socio-éducatif influence grandement la position politique.

Les études montrent que les enfants (aînés des aînés) ont des orientations politiques très proches de leurs parents.
Exemple : 80% des enfants se déclarant de gauche avaient un père de gauche.

Règle statistique : on est généralement tous le produit politique de ses parents.
En matière de préférences politiques, on hérite de ses parents.

💡 On n’a pas forcément connu la même réalité politique que ses parents (par exemple, certains parents n’ont pas toujours connu le FN/RN).
En général, on a le même positionnement politique que ses parents.

On constate que les parents de droite explicitent moins leur positionnement politique que les parents de gauche.
À droite, on cherche à échapper au clivage gauche/droite.

En France, la socialisation politique se remarque par une transmission souvent assez explicite.
Ceux et celles qui avaient des parents qui s’intéressaient à la politique épousaient la position de ceux-ci.

Dans les enquêtes, beaucoup d’enfants soulignent les émotions de leurs parents : “j’ai vu que mes parents ont pleuré”.
Cette socialisation politique se fait aussi dans des rapports affectifs et émotionnels.

Aujourd’hui, on constate dans les enquêtes que les mères ont un rôle plus important en matière de transmission.
Un enfant qui naît dans un couple mixte (un est de droite, l’autre de gauche) a plus de chances d’être du parti de la mère que d’être de gauche.
Il y a statistiquement moins d’enfants mixtes que d’enfants hétérogènes.

L’éducation est donc très importante.

La famille au sens général du terme est le creuset de la transmission des préférences et opinions politiques.
La transmission n’est pas toujours ouverte : il y a des familles plus ou moins politiques.

Anne Muxel a montré dans une enquête que seuls 8% des français ont changé de camp politique par rapport à leurs parents.

L’argumentation ne permet pas le changement de position ; seul le temps le peut.
Dès lors, quelle est la méthode la plus efficace pour convaincre un maximum de personnes ?

Exemple : Valérie Pécresse aurait “raté” son meeting de Villepinte, mais en réalité cela n’a pas changé grand chose. Aucun candidat ne semble avoir de moyen de nous faire changer d’avis en votant à droite si nous sommes de gauche.

Pour convaincre, les candidats politiques doivent donc trouver des techniques de campagne qui s’immiscent dans nos rapports les plus ordinaires.

La campagne peut ainsi passer par l’école et les médias.
Les enseignants n’ont cependant pas un rôle majeur dans la socialisation politique.

III – La politique à l’école

Camille Amilhat s’est demandée à quoi sert l’EMC (Éducation morale et civique), matière enseignée du CP à la terminale.

On constate que les programmes portent plus sur l’aspect morale que civique.
La morale : “à ton avis”, “avec les autres”, respecter les valeurs, racisme, antisémitisme…
Le civique : institutions et participation à ces institutions, notamment électorales.

L’EMC n’a pas parlé à tous les élèves de la même façon.
Pour ceux qui étaient déjà politisés, l’EMC a renforcé cet aspect : ils se sont investis dans le cours.
Les autres n’ont pas retenu grand chose de l’EMC, sauf quand il y a eu une sortie (par exemple à l’Assemblée nationale) → la visite a un effet fort.

L’EMC peut être utile en donnant l’occasion de s’approprier des règles juridiques et politiques, notamment pour les élèves issus de migrations.

Ainsi, l’EMC fonctionne, mais à géométrie très variable : quand ça marche, ça permet aux élèves d’acquérir un capital culturel civique.
Pour d’autres, l’acquisition des disciplines se fait s’abord par la pratique.

Pour attirer les médias, il faut être original et savoir convaincre.
On constate aujourd’hui une “snapchatisation” des médias.

Est-ce que Cnews “zemmourise” ?
Non : ce sont les spectateurs qui “zemmourisent” Cnews.

Les médias à eux seuls ne forment pas nos orientations politiques : nous sommes aujourd’hui hyperexposés médiatiquement, mais nous savons lâcher prise.
Notre socialisation politique fait que nous avons des usages déterminés des médias (ex : la radio qu’on écoute le matin).

IV – La compétence politique

La compétence politique consiste, en autres, en savoir dire si tel candidat est de gauche ou de droite, savoir cites des noms, savoir expliquer ses positionnements politiques en des termes politiques, etc.

Aujourd’hui, quasiment tous les individus votent et disposent des mêmes droits. Les individus semblent être égaux en ce qui concerne le droit de vote ; ils décident ensuite d’avoir recours ou non à ce droit.

On constate qu’en réalité peu de gens s’intéressent à la politique. Peu de gens parlent de politique et peu de gens “savent” parler de politique.

Il y a une proportion élevée d’individus qui ne s’intéressent pas à la politique et/ou qui éprouvent de la défiance à l’égard de la politique.

Daniel Gaxie a fait des études à la fin des années 1970, qui montraient que moins de 50% de la population française s’intéressait à la politique.
On constate que ce taux a baissé depuis, avec la montée de l’abstention et le baisse de personnes inscrites ou “bien” inscrites sur les listes électorales.
Dans les années 1970, l’intérêt pour la politique était corrélé au niveau de diplôme, à la catégorie socio-professionnelle, au genre…

Dans un ouvrage qui s’intitule Le Cens caché, Daniel Gaxie met en lumière le phénomène d’auto-exclusion des profanes en politique, corrélée à leur niveau de compétence politique.
Idée : le système de suffrage universel se transforme de facto en un suffrage censitaire par l’auto-exclusion des catégories les moins bien dotées en capital culturel et en compétence politique.

⚠️ La connaissance politique ≠ l’intelligence.
La connaissance politique est cependant corrélée au niveau de diplôme.

V – Étude de cas

Le sentiment de compétence politique est un fait subjectif.
Exemple : un avocat pourra se sentir plutôt “calé” en politique, mais il peut être complètement à côté de la plaque.

Ce sentiment de compétence politique est très inégalement réparti.
Plus on monte dans la hiérarchie sociale, plus on rencontre des individus dotés d’un sentiment de compétence politique (même s’ils ne sont pas forcément compétents).
Plus on descend, plus on rencontre des individus qui ne sont pas sûrs de leur savoir politique.

Ce qui est déterminant en matière d’intérêt et de sentiment de compétence politique est le niveau scolaire. Il y a une forte corrélation entre taux d’abstention et niveau de diplôme.
Le niveau de diplôme peut aussi conduire à voter à l’extrême droite.

Les personnes habitées par un sentiment d’incompétence ont du mal à parler de politique.

Alice Simon a réalisé de 2014 à 2015 une enquête auprès d’un échantillon représentatif de la population étudiant montpelliéraine : étudiants de droit, de science politique, de sport et de mathématiques.

Elle a demandé dans un QCM “qui est le ministre de la défense ?”.
Les étudiants ont globalement mal répondu : la médiane était de 6 sur 15.
Les étudiants de science politique ont eu un niveau bien plus élevé ; la différence de niveau avec les étudiants de mathématique augmentait aussi avec les années d’études.

Il y a donc un effet cursus.
Alice Simon n’a repéré aucune différence quant au genre.

Les femmes n’ont néanmoins pas le même rapport à la personnalité politique.
Les hommes connaissent un peu mieux le nom des responsables politiques, et sont un peu plus intéressés par la personnalisation de la vie politique.
On remarque aujourd’hui une peopleisation de la politique : on met en avant certaines caractéristiques de la vie privée d’une personnalité politique. Objectif : raconter une histoire aux électeurs, pour qu’ils s’identifient et votent.

Les étudiantes sont quant à elles, selon Alice Simon, plus à l’aise quand les questions de politiques font appel à la mémoire.
Les filles sont ainsi plus dans une approche sociohistorique, et les garçons plus dans l’actualité.

Dans l’enquête d’Alice Simon, les étudiantes ont eu plus tendance à ne pas répondre quand elles ne savaient pas.
Les hommes semblaient avoir un niveau de confiance plus élevé.